Capital & Financement

Le capital privé suisse se concentre sur les actifs matures

Les allocations suisses aux marchés privés sont fortement concentrées dans les buyouts, l’infrastructure, les secondaires et d’autres stratégies adossées à des actifs matures, tandis que le capital-risque et le capital de croissance restent limités. Cela pose une question structurelle sur la part du capital réellement orientée vers la création de nouvelles capacités productives.

Analyse • Capital & Financement • 2 juin 2026

Le capital privé suisse se concentre sur les actifs matures

Les allocations suisses aux marchés privés sont fortement concentrées dans les buyouts, l’infrastructure, les secondaires et d’autres stratégies adossées à des actifs matures, tandis que le capital-risque et le capital de croissance restent limités. Cela pose une question structurelle sur la part du capital réellement orientée vers la création de nouvelles capacités productives.

Infographie sur la concentration du capital privé suisse dans des stratégies adossées à des actifs matures.

Après avoir évoqué plus tôt cette semaine des emprunteurs PME découragés et une dynamique de crédit de plus en plus fondée sur les garanties, un autre chiffre mérite l’attention.

Selon l’étude sur les marchés privés suisses de l’Asset Management Association Switzerland / SECA - Swiss Private Equity & Corporate Finance Association / Boston Consulting Group (BCG), environ 75 % des allocations suisses aux marchés privés sont concentrées dans :

  • les buyouts
  • l’infrastructure
  • les secondaires
  • d’autres stratégies adossées à des actifs matures

Pendant ce temps, le capital-risque et le capital de croissance ne représentent qu’une très faible part des allocations totales.

Cela soulève une question structurelle plus profonde.

La Suisse est-elle de plus en plus optimisée pour financer :

  • l’acquisition
  • le refinancement
  • l’optimisation
  • la préservation d’actifs existants

davantage que la création de nouvelles capacités productives ?

Car cela reflète une autre tendance déjà visible dans le crédit aux PME : le capital se dirige de plus en plus vers des structures riches en garanties et déjà matures.

Cela favorise naturellement :

  • les détenteurs d’actifs existants
  • les entreprises matures
  • les bilans adossés à l’immobilier
  • les modèles de financement à plus faible volatilité

Cela peut améliorer la stabilité financière à court terme.

Mais à terme, quelles sont les conséquences pour :

  • les jeunes entreprises sans garanties accumulées
  • les projets industriels et deep tech nécessitant de longs cycles d’investissement
  • les entreprises intensives en innovation construites autour de la propriété intellectuelle plutôt que d’actifs physiques
  • le renouvellement économique au sens large ?

La question n’est donc pas de savoir si le risque doit disparaître.

Elle est de savoir si le système alloue encore suffisamment de capital à la construction des capacités productives futures - et pas seulement à la préservation de celles qui existent déjà.

Car les systèmes financiers finissent par façonner le type d’économie qu’un pays devient.