Joyeux anniversaire, la Suisse.
Aujourd’hui, la Suisse célèbre les 735 ans du Pacte fédéral de 1291.
Il exprimait une idée qui allait traverser les siècles : des communautés aux intérêts différents peuvent préserver leur autonomie tout en coopérant selon des règles communes.
Cette idée mérite qu’on s’y arrête, car la prospérité commence rarement par la richesse.
Elle commence par la confiance que :
- les engagements seront respectés
- les efforts d’aujourd’hui pourront devenir les investissements de demain
- les désaccords peuvent renforcer le système
La Suisse a progressivement construit des institutions qui rendaient la coopération plus féconde que le conflit.
Privée de grands avantages naturels, elle a fait sa place non par la taille, mais par les compétences, la précision, la fiabilité et l’ouverture.
Le commerce a relié les vallées aux marchés. L’artisanat est devenu industrie. Les ingénieurs, les scientifiques et les entrepreneurs ont transformé des savoir-faire en entreprises capables de conquérir le monde.
Mais les compétences ne suffisent pas.
Elles ont besoin de capital.
La Suisse a progressivement bâti des institutions capables de transformer l’épargne en investissement, de gérer le risque et de financer le long terme.
- Les chemins de fer.
- Les usines.
- Les universités.
- Les laboratoires.
- Les entreprises internationales.
Chaque génération a créé de la richesse et les capacités qui ont permis à la suivante d’aller plus loin.
- Le textile a conduit aux machines.
- La mécanique de précision à l’ingénierie.
- La chimie à la pharmacie.
- Le savoir-faire industriel à des entreprises mondiales.
La prospérité n’est pas née d’une industrie miracle.
Elle est née de la capacité à créer la suivante.
Plus tard, la Suisse est devenue l’une des grandes places financières du monde.
La finance a renforcé un système déjà fondé sur des capacités productives, des institutions solides et une confiance patiemment accumulée.
Elle a amplifié le moteur.
Elle ne l’a pas créé.
C’est peut-être la plus grande réussite de la Suisse.
Ni les montres.
Ni le chocolat.
Ni la banque.
Mais une architecture institutionnelle capable de transformer :
- la confiance en capital
- le capital en capacités productives
- les capacités productives en prospérité durable
Cet héritage n’est ni automatique ni acquis.
La confiance peut s’éroder.
Les institutions peuvent devenir complaisantes.
Le capital peut privilégier la préservation plutôt que la création.
La question n’est pas de savoir si la Suisse préservera sa prospérité, mais de savoir si elle continuera à la créer.
Saurons-nous encore récompenser ceux qui bâtissent ?
Orienter le capital vers les prochaines capacités productives ?
Adapter nos institutions avant que la nécessité ne nous y contraigne ?
Le patriotisme ne consiste pas à croire que nos prédécesseurs ont construit un pays parfait.
Il consiste à accepter la responsabilité d’en laisser un plus fort.
Joyeux anniversaire, la Suisse.