Actionnariat & Succession

168 000 PME suisses devraient changer de mains

La vague historique de transmissions de PME qui se prépare en Suisse soulève une question plus large : quelle part de la richesse productive sera transférée en dessous de sa valeur économique afin de préserver la continuité, l’indépendance et l’esprit entrepreneurial ?

Observation • Actionnariat & Succession • 18 juin 2026

168 000 PME suisses devraient changer de mains

La vague historique de transmissions de PME qui se prépare en Suisse soulève une question plus large : quelle part de la richesse productive sera transférée en dessous de sa valeur économique afin de préserver la continuité, l’indépendance et l’esprit entrepreneurial ?

Infographie sur les 168 000 PME suisses appelées à changer de mains d’ici 2030 et les décotes observées selon les modes de transmission.

Environ 168 000 PME suisses devraient changer de mains d’ici 2030. Selon l’étude d’UBS et de l’Université de Saint-Gall citée dans les documents sources, près de 32 % des propriétaires de PME prévoyaient une transmission dans les cinq années suivantes, contre environ 22 % en 2013.

L’ampleur du phénomène est considérable, car ces entreprises ne sont pas de simples actifs financiers. Elles représentent des emplois, des savoir-faire, des relations clients, des chaînes d’approvisionnement locales et une part importante du capital productif suisse.

Une étude antérieure de Credit Suisse et de l’Université de Saint-Gall ajoute une dimension plus surprenante. Elle indiquait que les fondateurs acceptaient souvent des décotes importantes lors de la transmission : environ 42 % dans les successions familiales, 26 % dans les management buy-outs et 22 à 30 % pour des repreneurs externes.

Considérées uniquement sous l’angle de la valorisation, ces concessions peuvent sembler irrationnelles. Après avoir consacré des décennies à construire de la valeur, pourquoi en abandonner volontairement une partie ?

La réponse tient au fait que de nombreux fondateurs n’optimisent pas seulement le prix. L’entreprise incarne aussi des collaborateurs dont ils se sentent responsables, des compétences qu’ils souhaitent préserver, des clients servis pendant des années et une identité souvent étroitement liée à leur propre parcours.

Un prix inférieur, un crédit vendeur ou des conditions plus favorables peuvent donc faire partie intégrante de la transmission. Le fondateur ne cède pas simplement un actif : il mobilise parfois une partie de la valeur accumulée pour augmenter les chances que l’entreprise, son indépendance et ses relations traversent la transition.

La succession devient alors une question d’allocation du capital. L’enjeu n’est pas seulement le montant de patrimoine réalisé par le fondateur, mais la manière dont la richesse productive est transférée, à qui, selon quelles conditions et avec quelles conséquences pour le prochain cycle de propriété.

À l’approche de cette vague de transmissions, la question centrale est donc de savoir quelle part de la richesse productive sera transférée en dessous de sa valeur économique afin de préserver la continuité, l’indépendance et l’esprit entrepreneurial - et si le système financier est en mesure d’accompagner ce choix.

Sources

Center for Family Business at the University of St. Gallen and UBS, La succession d’entreprise en Suisse, 2026.